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Pourquoi parler du travail ?
Parce qu'on a tous·tes un rapport avec ce concept. (Mais lis quand même l'article hein)
By Matthieu Posted in Le travail on août 26, 2026 0 Comments 6 min read
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Le sujet principal de ce blog sera donc le travail. Ce sujet en est venu à me fasciner tant il est vaste et difficile d’accès. On croit tous·tes savoir ce que c’est parce qu’on a tous·tes un rapport avec. Ce rapport dépend de notre expérience principalement, il est donc « situé », comme disent les sociologues, et de cela en découle une vision, une appréhension du concept qui nous est propre.

Au travail !

Mon rapport personnel au travail, comme beaucoup, commencé par le travail scolaire. Plutôt bon élève, ce travail est resté un mystère. Aurais-je poussé à 8 ans d’études après le bac pour mieux le comprendre ? Ce n’est pas complètement exclu. C’est ça ou mon incapacité à me lancer dans le « monde du travail »…

En effet, dans le langage courant, « travail » signifie le plus souvent emploi salarié. Premier contact avec la chose via mes parents et ma famille évidemment. Je vais souvent au boulot de Papa, ses collègues me voient grandir, ils sont très gentils. Ça a l’air chouette d’être employé de banque dans les années 90… Maman, elle, travaille plus loin dans un endroit que je ne vois que très peu parce qu’il faut être propre et rien toucher. Mais ça a l’air de lui plaire assez pour qu’elle saute dans ses vêtements le matin et parcoure les routes sinueuses du Cantal pour y aller.

Travail vs. chômage

Patatras !, pendant mes années lycée, ma mère perd son boulot suite à un licenciement économique.

Elle met le doigt dans la spirale de l’ANPE. Perte de son peu de confiance en elle, conseiller·es pas toujours fort en psychologie… et surtout une difficulté à trouver un poste de technicienne de laboratoire dans un milieu rural qui manque désespérément d’industries qui recrutent.

Elle abandonnera purement et simplement ses recherches à la fin de ses indemnités et acceptera (très mal) son nouveau statut de femme au foyer.

J’ai moi-même vécu 2 périodes de chômage. Une pire que l’autre.

La première est survenue à la fin de mes études. Des dizaines de CV envoyés, très peu d’entretiens, des conseiller·es Pôle Emploi qui ne comprennent pas l’intitulé de mes diplômes1… La sensation d’avoir fait tout ce chemin (8 ans bordel) pour pas grand chose et de ne jamais trouver sa place.

Étais-je homme au foyer dans cette période ? Peut-être. Je ne me posais pas vraiment la question. Je n’avais pas de travail, je n’étais donc… rien.

Travailleur salarié vs. entrepreneur

Arrive ma première expérience et c’est pas folichon : micro startup, la dirigeante et moi. Elle fait une tentative de suicide, tout s’arrête, mon CDD aussi.

Mais grâce à elle, je découvre un monde alors inconnu, celui de l’entrepreneuriat.

Plutôt que de repartir dans le cycle infernal de la recherche d’emploi, je deviens entrepreneur ! Micro-entrepreneur d’abord (je faisais de la vulgarisation scientifique) puis multi-entrepreneur (je monte en parallèle un espace de coworking). Pendant 7 ans, liberté rime alors avec précarité. Le sentiment d’avoir enfin la main sur ce que je fais de mes journées et que cela peut avoir un impact (positif) sur le monde qui m’entoure me permet de garder la tête hors de l’eau.

Sauf que la réalité me rattrape. La réalité, elle a trois prénoms, dont un que j’ai épousé. La réalité, son nom de famille, c’est pas Rotschild. La réalité finit par être rassurée, les planètes s’alignent, je trouve un poste chez un ancien client.

Ouverture sur le travail

Vient ensuite l’opportunité qui a tout changé dans mon rapport au travail (et à tout plein d’autres choses). Je suis embauché comme accompagnateur dans une coopérative d’activités et d’emploi (CAE).

Une CAE pour résumer très très simplement, c’est une structure qui permet à des entrepreneur·es de garder un statut salarié et une indépendance sur leur activité. C’est aussi et surtout une coopérative donc toutes ces personnes ajoutent une casquette d’associé·e. Iels sont donc entrepreneur·es-salarié·es-associé·es2.

Être à la fois patron·ne et salarié·e, cela demande beaucoup de souplesse cérébrale dans un monde qui oppose souvent les deux. Par ailleurs, la coopération n’est pas un long fleuve tranquille, il faut donc être très en phase avec soi-même pour interagir et prendre des décisions collectives.

Je ne remercierai jamais assez les entrepreneur·es que j’ai pu croiser à cet endroit. Iels m’ont ouvert des pans entiers de leur vie, de leurs luttes (internes ou militantes) et de leurs réflexions sur la vie, le monde et, bien sûr, le travail.

Toutes les rencontres, toutes les discussions, tous les désaccords étaient féconds (disons à 99% sinon vous n’allez pas me croire).

C’est quoi le travail ?

Ce sont donc ces 5 ans passés en CAE qui m’ont fait entrer dans la question du travail.

Premier « vrai » livre sur le travail acheté : « L’insoutenable subordination des salariés » de la sociologue Danièle Linhart3. Ouch. Petite claque.

Je n’avais pas en tête que ma bibliothèque se remplirait rapidement de sociologues, philosophes et autres anthropologues.

Travail prescrit, travail domestique, travail empêché, travail reproductif, travail du « care », bullshit job, travail émotionnel, travail bénévole…

C’est quand j’ai mis tous les ouvrages bout à bout que je me suis rendu compte que j’avais chopé une sorte de virus ! Les symptômes sont : l’envie d’en savoir toujours plus et l’envie d’en discuter.

Et puis l’idée de ce blog est née au moment où une amie est venue me voir avec une question simple « qu’est-ce que tu me conseilles de lire pour commencer à appréhender toutes les facettes du travail ? »

Je ne prétends pas que ce blog pourra devenir une référence sur le sujet. Ce serait extrêmement présomptueux de ma part. J’espère seulement que lorsque d’autres personnes auront envie de décortiquer un morceau de l’une des facettes du sujet, elles tomberont ici et obtiendront une piste à aller gratter.

Dans tous les cas, cet article permettra à quiconque le lit de connaître mon point de départ et mon rapport situé au travail. Résumé en quelques mots : je suis un homme cis blanc de 40 ans, né dans un milieu rural avec peu de capital culturel et qui, grâce à ses parents de la classe moyenne, aura eu la chance de faire de longues études, de plutôt bien gagner sa vie et aura eu le luxe de réfléchir à son rapport au travail.

Si le cœur vous en dit, je serai ravi de connaître votre rapport au travail si vous voulez bien me le raconter, en commentaire ou par mail.

  1. Juste un petit mot pour dire que je n’ai rien contre les conseiller·es de France Travail, qui font (pour la plupart) de leur mieux et qui sont (pour la plupart) eux-mêmes et elles-mêmes broyé·es par le système. ↩︎
  2. On aura l’occasion d’y revenir longuement je pense… ↩︎
  3. On en reparlera aussi 🙂 ↩︎


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